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artiste
en arts visuels
visual
artist
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Dessiner et peindre, c'est mon
métier. Ce métier, c'est mon ancrage dans un monde
houleux, objet de
mes plus grandes inquiétudes... d'être humain.
Dessiner et peindre ce
qui m'entoure et me touche, c'est mon mode d'adaptation à ce
monde
contre lequel se heurtent sans cesse mes sensibilités (et
celles,
peut-être, de certains de mes semblables).
Ma façon, probablement, de faire écho à la cacophonie ambiante par le silence, à son agitation par la lenteur, l'attente, l'écoute... l'apparente passivité qui se dégagent de mon travail. J'essaie de trouver un mode d'expression propre entre observation extérieure et intérieure, entre les textures du visible et de l'invisible, entre les voluptés de la figuration -- l'humain m'intéresse trop -- et les appels de l'abstraction... Je veux mes oeuvres auto-suffisantes : c'est à elles de dire ce qu'elles ont à dire toutes seules, car, une fois réalisées, elles ne m'appartiennent plus, elles sont autonomes -- je les veux libres et affranchies de tout discours. Je pense, tout comme le peintre et écrivain Gao Xingjian, que : " Là où tu n'arrives plus à t'exprimer avec la langue commence la peinture quand tu peins, tu chasses les mots et les concepts. (...) Revenir à la peinture, c'est se libérer des verbiages, rendre les concepts au langage ne suffit plus, commencer à peindre là où l'on a fini de parler." (1) Suzanne Desbiens Montréal, novembre 2006 (1) Gao Xingjian, Pour une nouvelle esthétique, Flammarion, 1999, pages 39 et 55. |
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Sur le
travail de Suzanne Desbiens Par Jean-François Belisle, écrivain L'approche de cette
artiste évite le discours et demeure simplement près de
la nature, dans ce cas-ci le milieu urbain, la vie de quartier dans
lequel elle évolue. Cependant, loin de n'être qu'une
projection de ses propres fantasmes narcissiques -- ce qui est trop
souvent le propre des jeunes artistes –, son travail est d'abord un
témoignage éloquent qui décrit justement sans
expliquer ou laisser filtrer les jugements de valeur. L'artiste
se pose simplement en témoin de son époque à
travers des scènes de ville, croquant qui un badaud
«engoncé» dans son quotidien, qui des personnages
anonymes que l'on dirait écrasés par leur solitude.
On retrouve parfois de simples séries d'objets (pensons à celle portant sur les cendriers). Il y a cette phrase admirable du peintre Gao Xingjian, dont la conception de l'art a profondément marqué Suzanne Desbiens : «L'artiste crée sous le regard de ce troisième oeil et ainsi dépasse l'artisanat. La conscience n'est pas comme la raison, elle est plus vaste que la raison ou, dans une certaine mesure, elle l'englobe.» L'adoption d'un point de vue stable et résolu qui définit l'artiste par rapport aux autres est, en art, un signe éloquent de maturité. De son propre dire, Suzanne Desbiens cherche depuis longtemps une manière de rendre «la cacophonie, la saleté et les pollutions de notre époque.» La «texture» de ce chaos, de ce pandémonium, en somme... Devant la toile, rien n'égale ce sentiment que tout est à sa place, une sorte d'achèvement qui fige le temps, ou peut-être qui renvoie à quelque chose d'intemporel. Même une perspective distordue, une composition déroutante force l'observateur à s'arrêter à un détail, à s'y attacher même, en d'autres mots à s'approprier ce qu'il voit. On détecte une pointe d'ironie dans cette démarche singulière, comme si c'était chez elle une seconde nature de dépeindre tout en peignant, de faire voir tout en regardant, de contempler tout en montrant. S'écouter. Obstinément. Suivre pas à pas, sans dévier, le chemin que l'on s'est tracé. La démarche artistique de Suzanne Desbiens a toujours été résolument personnelle. L'existence de l'artiste est depuis longtemps menée par la manifestation d'un «je» vivant et lumineux, une «effusion» déterminée et résolue face à un monde de consommateurs devenus étrangers à eux-mêmes, un monde dont le cynisme ambiant n'a trop souvent d'égal que la désolante futilité de cette course à obstacles qu'est devenue la recherche du bonheur individuel. Au coeur de cette quête idéaliste, sa propre valeur est trop souvent définie par la position que l'on occupe au sein de ce panier de crabes à visage humain. Pour ce qui est de sa galerie de figures, elle est comme une marionnettiste qui tire les ficelles d'une communauté tragi-comique de soliloques hagards, d'obèses anonymes ou d'atypiques au regard exsangue, que l'on pourrait considérer comme autant de vestiges humains. Des perdants, en quelque sorte, de la société de consommation, de symboliques transpositions de l'opulente vacuité -- beau paradoxe -- de la civilisation occidentale. Une famille de personnages qu'elle materne avec une tendresse toutefois dénuée de pitié, avec une compassion étrangement mâtinée d'un soupçon d'impudence, histoire de donner un peu de mordant à toute l'affaire. Voilà bien ce qui fait la singularité de cette peintre unique d'origine saguenéenne. Dans cette oeuvre qu'elle façonne en séries à thèmes, les personnages, lorsqu'elle les met en scène, apparaissent le plus souvent effarés, seuls, privés de leur sève vitale. Des voyageurs paradoxalement immobiles qui semblent attendre un impossible Klondike, modestes chercheurs d'or que la cohue collective aura laissés derrière. Pour tromper l'attente, ils s'agrippent à leur valise dérisoire contenant symboliquement ce qui leur reste de faux espoirs, d'ambitions trompées et d'illusions. Malheureusement, ils se leurrent. Ce train, c'est en quelque sorte l'express de minuit : on espère qu'il viendra, mais il ne passera jamais. Bien sûr, comme chez Brel ou Ferré -- ou, pour rester dans la peinture, chez Bacon qu'elle admire -- il y a quelque chose de profondément désenchanté dans l'oeuvre de Suzanne Desbiens. L'une de ses forces est certainement de savoir transposer sur la toile cette conscience aiguisée qui permet de transcender la simple ambiance morose pour élever le «débat» à la hauteur des démarches véritablement dénonciatrices. La société occidentale a beau être obnubilée par le triomphe de la civilisation, cette dernière a déshumanisé l'homme. Et cela, on le perçoit tant dans les natures mortes et dans les façades urbaines de la peintre, que dans ses portraits d'hommes et de femmes. Un tableau qui captive, qui ne laisse pas fuir ou se lasser trop vite le regard, grâce au dynamisme de la composition et à la richesse des repères visuels -- éléments cruciaux de la réussite d'une toile -- est celui qui permet à l'observateur de se reposer, de se retrouver en terrain familier, de s'amuser, de méditer et d'emplir son âme de la beauté furtive d'un contour ou d'une texture, de l'impact d'un gris industriel ou d'un bleu acier, qui tout à coup titillent et réveillent quelque vague souvenir profondément enfoui. Suzanne Desbiens a toujours possédé ce trait de crayon remarquablement expressif, cette façon de donner de la profondeur par un emploi «instinctivement brillant» du dessin et des masses colorées, une maîtrise picturale pour laquelle une pléthore d'artistes en décousent durant des années. Mais par-dessus tout, sa conception et son approche de l'oeuvre ont quelque chose qui tient de la tradition orientale, au sein de laquelle les artistes demeurent généralement allergiques à toute forme de démagogie, d'intervention discursive ou d'explication. Voilà le véritable rôle de l'artiste : montrer sans tenter d'expliquer, sans tomber dans le moralisme affecté du donneur de leçons. Donner à voir, tout simplement... Jean-François Belisle, écrivain Montréal, avril 2008 |